Monde

Pologne: Radio Marija antisémite en toute impunité

Le gouvernement ne sanctionne pas la station, qui multiplie les dérapages.

par Maja ZOLTOWSKA
QUOTIDIEN : samedi 08 avril 2006

Varsovie de notre correspondante

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L'image de la Pologne commence à souffrir des dérapages de Radio Marija. Après les nouveaux propos antisémites diffusés par la station intégriste, le Congrès juif européen a demandé au gouvernement polonais de lancer des poursuites judiciaires. Marek Edelman, le dernier combattant survivant de l'insurrection du ghetto de Varsovie, a réclamé sa fermeture. Le Vatican lui-même, gêné par cette affaire qui ternit l'Eglise polonaise, a donné de la voix.

«Youpins». Le 27 mars, un collaborateur de la radio, Stanislaw Michalkiewicz, a accusé les «juifs d'humilier» la Pologne et de réclamer des dommages pour les biens laissés après guerre : «Nous nous occupons de la démocratie en Ukraine et en Biélorussie, alors que, pendant ce temps-là, des youpins viennent par-derrière pour obliger notre gouvernement à leur payer un racket sous prétexte de revendications.» Selon Michalkiewicz, si la Pologne ne paye pas 60 milliards de dollars aux juifs, elle va être humiliée sur la scène internationale... Déjà «les juifs font des histoires à Auschwitz et les préparatifs d'une grande cérémonie de propagande à Kielce sont en cours pour l'anniversaire du soi-disant pogrom (en 1946, ndlr)», assure-t-il.

Comparant la radio au journal nazi Der Stürmer, Marek Edelman, 83 ans, a demandé sa fermeture, appelant les autorités à «prendre des mesures énergiques pour éliminer l'idéologie diffusée par Radio Marija». «La présence sur cette radio du Premier ministre, du président de la Diète (chambre des députés, ndlr), des ministres et de certains députés relève son rang et donne le sentiment que l'Etat se solidarise avec sa ligne politique», a-t-il poursuivi.

«Tsunami». L'exécutif n'a pas de «possibilités juridiques pour intervenir dans le travail de rédactions ni fermer les stations de radio», a répliqué le porte-parole du gouvernement. Le parti conservateur au pouvoir, Droit et justice (PiS), lui doit en partie sa victoire électorale à l'automne. Le patron de Radio Marija, le père Rydzyk, avait appelé à voter pour le parti des jumeaux Kaczynski. Il avait même prôné un «tsunami» qui engloutirait les libéraux de la Plateforme civique, les grands rivaux du PiS, accusés de propager un relativisme moral. Le Premier ministre Kazimierz Marcinkiewicz a ainsi été le premier chef de gouvernement polonais à se rendre au siège de la radio.

Le Vatican, qui s'était mollement inquiété de ces dérives au début de l'année, a adressé un nouveau rappel à l'ordre. «La pénible affaire de Radio Marija doit être considérée avec fermeté, écrit le nonce apostolique, Mgr Jozef Kowalczyk, dans une lettre à la Conférence épiscopale polonaise, rendue publique jeudi. Le Saint-Siège appelle avec insistance les évêques polonais à s'unir pour surmonter les difficultés provoquées par certaines émissions et les prises de position de Radio Marija.» «Pour l'Eglise, c'est un langage très fort», estime Marek Zajac, de l'hebdomadaire catholique Tygodnik Powszechny. A l'approche de la visite, fin mai, de Benoît XVI, il s'agirait de remettre de l'ordre. La radio revendique trois millions d'auditeurs, essentiellement dans la Pologne profonde.


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